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Si je parle de statue, j’évoque la représentation d’une entité formelle, vivante autonome dans l’espace, possiblement étrangère à l’environnement, possiblement anachronique, comme Christophe Colomb qui débarque aux Amériques. J’évoque aussi l’échelle de ce corps que je traque.
Et le monotype, en tant que peau, où s’exerce simultanément la pression de l’organe sensible et le relief de l’environnement, comme deux lutteurs, deux amants.
Le suaire est moins ce qui pourrait se prouver par sa datation au carbone14, que d’être la fine membrane comprimée entre le désir spirituel et le corps charnel, l’essence de l’art.
En scrutant la paroi rocheuse j’ai discerné mon désir au point d’en percevoir chaque détail, au point d’avoir en cet endroit, la sensation d’un réel possible.
J’ai vu distinctement ce cervidé que depuis des jours et des jours avec les miens nous traquons, affamés, au bord de l’inanition, notre espèce au seuil de la disparition, à jamais…
Alors, de peur qu’il ne s’échappe, à la lueur de la flamme, je le capture dans un piège de charbon et s’il le faut, je le mêlerai à mon propre sang pour que se fasse le lien indéfectible. L’un et l’autre partie d’un seul et même corps…
La main que tout à l’heure en confiance je laissais visible sur la roche était apposition pas représentation, préhension pas communication, art pas concept, rapport au monde pas propagande, écoute pas bavardage, excellence du partage pas excellence de l’excellence narcissique
Ralentir le pas, entrer plus profondément encore dans les matières qu’on transforme, retenir jusqu’à sa dernière extrémité la conduite rationnelle, persona de se taire et l’on dit : ” aimer ” pour que ce à quoi l’on se livre soit assez large et contienne nos aspirations.
Sur l’enclume, sous les coups réguliers la matière qui pousse et se repousse parle la ronde-bosse, s’étire à l’infini et évoque des postures magnifiques que l’on voudrait à jamais garder là.
Puissions-nous engendrer des temps intéressants…
Je sais lire dans la nature les formes de mon destin.
Dans le nuage aussi sûrement que dans ton visage l’âme qu’il contient…
J.L.P.
Il y a sans doute coïncidence entre l’appropriation des biens et l’appropriation des corps. Nus ou associés aux machines, les corps produisent les biens, …
Tant qu’il y aura partition des richesses, nous ne pourront disposer de nos corps.
Il en est des travailleurs soumis au rendement productif au-delà de ce que le corps peut endurer, de l’enfant qui toutes les trois secondes meurt de faim, comme de la petite fille exposée à la survivance des pratiques liées aux croyances issues de la préhistoire des droits humains. Comme de ma femme…
Si le capital était tributaire du clitoris nous ne connaîtrions pas la clitoridectomie.
Si le pillage des richesses des pays où se pratiquent les MST était tributaire du respect des droits de la femme et de ceux de l’enfant, les MST ne seraient plus qu’un vestige pénible de notre mémoire, lointaine curiosité de notre histoire.
Il n’y a d’espoir de changement que dans la victoire du mouvement universel d’émancipation des peuples et des individus contre l’exploitation de l’homme par l’homme, la lutte contre les mutilations génitales féminines en est partie intégrante.
L’administration des êtres fera alors place à l’administration des choses,
ma femme fera place à Seréna.
Quatre heure, l’espace est plein d’un bourdonnement… les prières de l’école coranique d’en face.
Rumeur bienveillante annonçant le jour nouveau, comme pour faire qu’il tienne ses promesses.
De temps à autre, on entend les voix de tout petits-enfants, de petits anges, qui s’exclament entonant un nouveau verset…puis se calment doucement pour se confondre à nouveau dans le roulement sévère de la litanie imperturbable.
Dehors, les pieds dans le sable, les rues désertes… pas loin la mer, sa brise fraîche dans un frisson gentiment nous réveille.
En un instant… par tous les pores la vie va jaillir… et comme hier, Dakar va grouiller.
Ce matin nous allons à la rencontre des artistes de l’Ecole Nationale des Arts.
Médiation culturelle dans une marmite…
Paramètres, missions et contraintes du design…
Parole du vêtement dans un bouquet vestimentaire africain…
Performances, évènementialité à l’affût des circonstances…
Regard du peintre qui plonge au-delà de la forme, sonde au plus profond, interroge l’unité de la matière dense…
Muralisme qui hèle la foule de mille signes, pour lui conter des révoltes et des épopées…
Volumes resplendissants, terre première, terre mère qui nourrit et qui enfante…
Langage de la forme dans l’espace, scénographies de circonstance, guerre et sida…
Et toujours cette curiosité récurrente et universelle à l’égard de… ce qui ressort de soi… de notre communauté… de notre temps…
Là, dans une salle du fond, quelque part, un élève professeur de musique travaille son piano…
L’école des Arts, ruche, bain créatif une semaine durant… rythmée par le soleil et l’arrivée des repas qui seuls réussissent à nous lever le nez de l’ouvrage, interrompre nos débats, à nous détourner de ces choses essentielles qu’il faut nous dire.
Quelque part, l’esprit de Mustapha Dimé règne, veille à ce que ce qui a été prêté soit rendu…
L’esprit du langage universel qui doit se renouer, le langage de l’art, des ancêtres, du corps, des faits, de TGD, du CAP qui veille à ce que ce qui a été prêté soit rendu…
Il n’y a d’art que l’impérieuse volonté de changer la réalité, pas de réalité…
La matière fatale, immuable va devoir céder à la forme humaine, l’ordre des choses à la justice.
La négociation, quoi d’autre, le sang ?.
La démocratie, quoi d’autre, des droits divins, encore des accents d’une nature aux voies impénétrables ?.
Et les chaises qui virevoltent autour de tables jusqu’à l’écoeurement, jusqu’au coma.
Tourbillon incessant dans des contextes somptueux ciselés habillés de feuilles d’or, à l’image du rêve d’un monde d’équité entre humains, rêve d’harmonies. Temples de l’inaccessible, dévolus à l’ordre des choses…, stuc mensonger.
L’équité allons donc, rêve pittoresque de gens trop simples ?.
Et ceux-là, joueurs de cartes à la démocratie, avec leurs règles chaque fois opportunément réécrites et la feinte et le mensonge prétendus de bonne guerre et l’humanité qui souffre.
Il n’y a d’art que l’impérieuse volonté de changer les choses.
Tourbillon incessant de chaises et de tables, grandes chaises, petites chaises, discours solennels toujours plus généreux plus alarmés, larmoyants, impuissants.
Contextes fastueux, décors grandioses car rien n’est assez large pour réussir à cacher la révoltante, l’insupportable réalité.
La révoltante famine, famine de justice, celle-là même qui dispute à la vie des uns si nombreux ce qu’il faut au superflu des autres, quelques élus de droits divins.
Grandes chaises petites chaises alors que les culs de l’humanité dament la poussière rampant dehors eux.
Rampant, entends ce qui est fait aux consciences tant qu’à la chair.
Et si les chaises et les tables n’y pourvoient plus et si le mensonge ne tient plus, la révolte doit s’imposer tant le monde doit changer, il n’y a d’art que l’impérieuse volonté de changer la réalité, pas de réalité.
Le 4 juin 2008
De l’équilibre
Ils sont parcelle, mais qu’on ait voulu les rejeter de l’humanité, ils sont toute l’humanité.
Ainsi la justice induit-elle dans notre vision du monde que la plume puisse valoir mille fois le plomb.
Au-delà de toute apparence.
Au-delà de la mesure que la physique nous souffle.
Le peintre nous montre que la touche porte la fresque entière.
Au sculpteur, elle inspire que le centre de gravité de la forme est ailleurs que dans sa symétrie, que l’équilibre, ce rapport juste que la raison situe entre les libertés ne se trouve pas sûrement là où une mesure, aussi celle du droit, nous ordonne de la trouver.